PHOENIX : L’INTERVIEW EN TOUTE SIMPLICITE…

Mercredi 5 janvier sortira sur les écrans le dernier film de Sofia Coppola “Somewhere” (Deezer est partenaire du film). Comme dans ses précédents films, elle a confié la mise en scène musicale à la pointe de la French Touch : Phœnix.  Après 5 albums, c’est toujours l’amitié et la musique qui les unient.  15 ans de carrière se sont écoulés entre les bancs du lycée de Versailles et le “Saturday Night Live”. Zoom sur leur parcours avec Christian Mazzalai.

Vous venez de signer à nouveau la musique de Somewhere de Sofia Coppola, l’un d’entre vous (Thomas pour ne pas le citer) a déclaré avoir fait plus un travail d’ingénieur que de compositeur sur les titres “Love like a sunset”, pouvez-vous nous en dire un peu plus sur votre manière de travailler dans le groupe ?

Je suis évidemment d’accord avec tout ce que dis Thomas ! On a voulu travailler « à l’image », c’est-à-dire faire la musique en s’appuyant sur les images. En voyant le film il fallait que la musique soit la plus minimale possible, qu’elle s’efface presque, qu’elle accompagne en fait mais qu’elle ne soit jamais en frontal.

En ce qui concerne notre approche, on a toujours travaillé à 4. Tout le monde joue des instruments et en même temps c’est  extrêmement flou et même pour nous  parfois c’est flou ! Et encore une fois sur le son du film, on avait une sensation de « truc pas net » mais c’était aussi le but. En revanche on est super fiers du résultat et c’était une grande première pour nous de travailler dans cette direction.

Pourtant les titres « Love like a sunset » existent déjà sur l’album ?

En effet, mais ce n’était pas prévu de mettre ces titres dedans, mais ça correspondaient parfaitement à 2 séquences du film en particulier. Pour nous c’était une évidence de mettre ces 2 versions du titre et ce découpage était nécessaire c’est presque « japonais » au sens minimal du terme, c’est plus une impression musicale qu’un titre.

Sofia Coppola utilise souvent des titres qui figurent déjà sur vos albums, du coup on a “l’impression” que ses scénarios s’inspirent de votre musique et non  l’inverse. Pourquoi ne pas créer des titres spécialement pour ses films ?

Sur Marie Antoinette on avait écrit un titre original et baroque. On peut dire que l’on a des univers bien complémentaires.

En regardant votre parcours, on a dans un premier temps reconnu votre talent aux E.U, comment expliquez-vous votre succès “tardif” en France ?

… On nous pose souvent cette question. Il y a peut-être une réponse mais en fait elle ne m’intéresse même pas ! Quand on fait de la  musique, j’ai envie de dire qu’on n’y pense même pas de manière égoïste. Si les gens suivent tant mieux, sinon tant pis. Moi mes artistes favoris ne vendent pas forcément des millions de disques…

Les gens se posent aussi la question parce que vous êtes un groupe  français !

Oui c’est vrai, mais en même temps comment on perçoit notre musique ? C’est encore une fois très flou pour moi, je suis tellement subjectif par rapport à notre musique, je n’ai aucun recul pour analyser et du coup j’ai même pas envie d’en avoir ! En tant que compositeurs, on préfère rester dans cette dynamique de ne pas trop se poser de questions, car ce serait plus triste, moins mystérieux et au final moins excitant. Le fait de ne pas avoir marché en France je le prends presque comme « un cadeau », ça nous a permis d’être tranquille dans notre pays, de faire de la musique sans la moindre pression. On n’a jamais été aigris par rapport à ça, bien au contraire ! On a grandi doucement mais sûrement. Notre succès n’est pas venu du jour au lendemain et c’est quelque chose qui au final nous plait.

Sur votre premier album “United“, la critique n’a pas toujours été très tendre (musique de gosses de riches, pop d’ameublement…). Au final, cela vous a encouragé a changer d’univers musical ?

Non pas du tout au contraire. Moi quand je lis une critique j’aime bien qu’elle soit bien affirmée que ce soit dans le positif ou le négatif, entre les 2 ça ne sert à rien ! Il n’y avait pas de juste milieu, soit on nous adorait, soit on nous haïssait, c’était en même temps stimulant. Je crois qu’il y a une vraie tradition en France, c’est de faire souffrir les artistes au début ! On nous jette des cailloux et après on vous fait des câlins ! Moi j’accepte les 2 ! Je me souviens quand j’étais ado avoir lu des chroniques minables sur un album de Gainsbourg et je me dis qu’un bon album doit forcément être cassé, c’est comme ça, il y a une certaine logique et après c’est accepté. En conclusion, ce n’est pas si néfaste d’être critiqué !

Vous avez quitté la maison de disques Emi pour monter votre propre label “Loyauté” en 2009, quel regard portez vous aujourd’hui sur l’approche musicale des majors ?

Je ne suis peut être pas la meilleure personne pour faire une analyse… Mais mon petit avis c’est qu’aujourd’hui dans le business de la musique, on est dans une ère chaotique ! Mais en même temps, il y a beaucoup plus de libertés. Alors c’est vrai qu’en major on était “moins libres”,  mais on faisait quand même ce que l’on souhaitait. Alors c’est vrai qu’il fallait énormément lutter et du coup ça nous demandait beaucoup plus de travail. Tandis qu’aujourd’hui le fait d’avoir notre label, on a la liberté et l’indépendance. Quand on regarde tout ce qui se passe sur internet, les groupes ou artistes peuvent au moins déjà avoir une chance d’exister. Pour nous ça a été différent, avant il fallait plaire à 4 ou 5 personnes clés, c’était presque un truc de mafieux ! Malgré ce chaos, on est quand même dans une ère fabuleuse pour la créativité. Il y a plein de petits groupes qui émergent et du coup il y a une égalité des chances, majors ou pas et je trouve ça fantastique !

Vous avez été le premier groupe français a être invité dans l’émission mythique “Saturday Night Live” ou encore “The late show” et je crois aussi le seul groupe à se produire au Madison Square Garden, quel effet ça vous a fait ?

On aurait jamais fait « Saturday Night Live » si on n’avait pas distribué le titre sur internet gratuitement avant la sortie de l’album. Ça a fait le tour de tous les blogs ! On n’avait pas anticipé cela, on a fait ça pour l’aspect découverte. Et en fait c’est arrivé aux oreilles de la programmatrice de Saturday Night Live, elle nous a invité directement sans savoir dans quel label on était. On l’a vécu comme une expérience hallucinante. Etre au cœur de cette émission mythique en plus aux Etats Unis, c’était juste fantastique, en plus en direct, un samedi soir devant des millions d’américains autour d’acteurs comiques hyper pros tout cela en plein cœur de Broadway ! On ne peut pas rêver mieux pour nous français.

Justement en France les émissions musicales “live” sont arrivées tardivement et pour les artistes c’était donc plus compliqué de se faire connaitre ?

Tout à fait, nous on a grandi dans une ville qui s’appelle Versailles où il y avait aucune culture pour les jeunes. Alors le paradoxe c’est que ça nous arrangeait pas, ça nous a créé une frustration énorme et du coup ça nous a presque obligé à faire de la musique, c’était presque vital !

Du coup est ce qu’un Grammy Award, que vous avez reçu, vaut “plus” qu’une victoire de la musique ?!

Très honnêtement et sans rentrer dans le cliché, on n’attendait pas forcément ça ! On n’est pas des sportifs ! Quand on était ado, pendant que nous on faisait de la musique, on était un peu les ennemis des mecs qui faisaient du foot ou du rugby ou du basket ! Pour eux on était les mecs pas sportifs, il y avait 2 bandes. Donc du coup pour nous les médailles et tout c’est pour les sportifs ! Alors c’est vrai que ça fait plaisir quand vous avez une récompense mais en même temps il faut le prendre avec du recul. En plus on a gagné face à nos idoles c’était complètement fou. En résumé, nous on est dans une démarche de ne pas vouloir à tout prix plaire à tout le monde, c’est en fait la destruction de toutes les formes de l’art. Si tu plais à tout le monde, artistiquement tu es mort. Tous les 4 on veut tout simplement suivre notre voie !  Si les gens nous suivent on les accueille à bras ouverts et si c’est pas le cas tant mieux aussi !

Deezer addict or not… ou bien iTunes ou spotify ?!

Alors d’un point de vue technologique je suis minable !! Les 3 autres sont très pointus, moi j’ai un iPod donc un peu d’iTunes et Deezer mais le truc c’est que j’ai toujours 3, 4 ans de retard !! Dons dans 4 ans je vous répondrai !!

Quels sont vos projets ?

Nous sommes aujourd’hui sur la préparation de notre 5e album, on commence le mois prochain.

Il sortira quand ?

Et bien on ne sait pas, quand il sera prêt ! C’est ça quand on est dans son propre label, ça peut prendre des mois comme des années…

Vous avez déjà des idées sur ce que vous souhaitez faire ?

Alors oui on a des idées mais je ne préfère pas les divulguer de peur de les détruire ! Je suis très superstitieux mais sinon ce que je peux vous dire c’est que l’on est très excités…

Retrouvez en écoute sur Deezer la playlist de Somewhere

Propos recueillis par Sophie Samama.