Pegase : l’interview à chaud post-Rock en Seine

Pegase à Rock en Seine 2014 (CC : Nicolas Joubard)

Pegase est l’une des dernières révélations de la scène dream-pop française. Le projet de Raphaël d’Hervez, de son vrai nom, s’articule autour d’une envie cathartique, et de légèreté. Les douces mélodies de ce Nantais, d’abord bidouillées sur un ordinateur, ont fait l’objet d’un premier album prometteur, éponyme, sorti début 2014. Il a même été récompensé du prix des pros, lors de notre Prix Adami-Deezer de Talents.

Pegase a joué pour la première fois à Rock en Seine cette année, pour un show énergique et plein d’enthousiasme. Nous avons pu discuter avec lui quelques heures après, encore électrisé par ce moment. L’occasion de parler de son deuxième album.

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Alors, comment s’est passé ce concert ?

Super ! C’était un très bon moment !

Il y avait une très bonne énergie, aussi bien du côté de ton groupe que des festivaliers.

Oui, j’étais super étonné, parce que c’est jamais facile de jouer tôt, à 17h. En plus, je ne sais pas pourquoi, mais j’étais persuadé que le festival avait commencé jeudi [rires]. Je n’ai appris qu’en arrivant que ça commençait aujourd’hui. Du coup, j’ai flippé qu’il n’y ait pas grand monde. Les gens sont plus détendus à 22-23h, après quelques bières et des concerts. Mais finalement c’était blindé, et les gens étaient super réceptifs. J’avais fait un DJ set il y a quelques années, mais là c’était mon premier live sur scène.

« J’étais persuadé que Rock en Seine commençait jeudi! » – Pegase

Tu te sentais comment quand tu as appris que tu allais jouer ici ?

J’étais ravi ! On fonctionne à l’envie et au plaisir. Je n’étais pas stressé, j’avais hâte. Mais c’est vrai qu’on est habitué à jouer dans les clubs, où on peut prendre le temps de checker le son, alors que dans les festivals, ça va à toute allure. On a eu un petit problème sur les claviers, et notre claviériste est le plus stressé de nature, donc je l’ai rassuré. Après quelques morceaux, ça allait beaucoup mieux. Je crois que je ne l’ai jamais vu aussi heureux [rires] !

En quoi l’expérience de festival est différente ?

Normalement j’ai un jeu de lumières très travaillé, mais là, jouer en plein jour te donne l’impression d’être nu. Pour beaucoup de gens, ça peut avoir un côté impersonnel de jouer à cette heure, mais au final, tu reconnais des gens dans le public, certains te font coucou donc tu leur réponds, il y en a qui te font rire… A un moment, je me suis fait complètement avoir. Les gens étaient à fond, donc je me mets à taper dans les mains en même temps qu’eux. Et d’un seul coup, j’entends un blanc dans le morceau : un sample de clavier n’était pas parti, parce que j’étais censé le lancer [rires] ! Là, tu te rends compte que tu t’es laissé emporter par le public.

« Jouer en plein jour te donne l’impression d’être nu. » – Pegase

Ta musique est très aérienne, elle a aussi un aspect mélancolique. Est-ce que tu avais peur de ne pas réussir à créer une bulle avec le public ?

Je pense qu’il y a une fausse image sur le projet, parce qu’il est personnel et aérien. On pense que c’est intimiste, et ne correspond qu’aux petites salles. Mais plus on joue sur des grandes scènes, plus notre son est fort, et plus on entend les détails dans la production. J’ai été énormément influencé par tous ces groupes de stade qui jouaient du rock lent dans les années 70. J’adore jouer dans les petites salles, mais sur les grosses scènes, il se passe quelque chose avec le public. En festival, on voit les gens danser, ce qui n’est pas forcément le cas dans les petites salles, parce que les gens sont « hypnotisés ».

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Du coup, ça ouvre des nouvelles perspectives pour le projet ?

Oui, et ça m’influence. J’ai énormément de plaisir à jouer sur les grosses scènes et les festivals. J’ai passé pas mal de temps, récemment, à travailler sur mon deuxième album. Je voulais que le premier soit très personnel et intimiste. Je pense que le deuxième sera un éveil. Je n’ai pas envie de refaire la même chose. C’est la suite de l’aventure. Quand je suis sur des grosses scènes, je m’imagine les nouveaux morceaux et je me dis qu’ils seront vraiment dingues. On se dit qu’on y a notre place, et on y prend goût. Certaines personnes peuvent avoir des grosses ambitions, mais quand je compose, je fais de la musique pour moi. Mais effectivement, ça ouvre des perspectives.

Tu voudrais aller vers des sons plus énergiques, plus euphoriques ?

J’ai quasiment terminé mon deuxième album, qui ne sortira pas avant un moment. Le fil conducteur est de faire mieux. Mais ça va plus loin, il y a plus de folie. Il a une espèce d’unité dans mon premier album, ce sera le cas pour le deuxième. Je me permets plus de choses, parce que je me suis vraiment mis à nu sur le premier. Je peux vraiment me faire plaisir, c’est la suite de l’envol. Il y aura des morceaux plus lourds, plus puissants, plus dansants. Mais il y aura aussi des morceaux encore plus minimalistes, avec juste une voix et une guitare. Je n’ai plus peur.

« J’ai fait ce deuxième album presque comme si c’était le dernier, il sera plus décomplexé. » – Pegase

De quoi n’as-tu plus peur ?

Je me suis livré sur le premier album. J’ai l’impression d’avoir fait connaissance avec mon public. Malgré moi, j’ai cet exemple de la culture anglaise du premier album : il y a beaucoup de premiers albums dans le Top 50 anglais, et c’est super dur de durer. J’ai fait ce deuxième album presque comme si c’était le dernier, il sera plus décomplexé. J’ai déjà vécu des choses extraordinaires, j’espère que ça continuera et qu’un jour on jouera plus tard à Rock en Seine.

Est-ce que ce deuxième album a été difficile à enregistrer ?

Le premier a été long à enregistrer, parce que je voulais prendre mon temps, mais pas difficile. Je ne m’étais rien fixé pour le deuxième, mais c’est allé assez vite. Pendant 4 ans, j’avais beaucoup composé, donc je suis parti de là. J’adore laisser vieillir des chansons, et y revenir ensuite.

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Es-tu le genre d’artiste qui arrive facilement à laisser partir son album, une fois qu’il est sorti ?

C’est super personnel. Là, on fait une interview, on discute, mais les choses les plus profondes et les plus importantes sur moi sont dans ma musique. Une fois que l’album est sorti, tu peux voir la place que ça peut prendre dans la vie de certaines personnes. Il ne t’appartient pas plus qu’aux auditeurs.

« Les choses les plus profondes et les plus importantes sur moi sont dans ma musique. » – Pegase

Que voulais-tu que les gens sachent de toi ?

Je n’ai pas du tout pensé aux gens. Ca va paraître égocentrique, mais c’est d’abord pour moi. Je mets des choses de moi-mêmes dedans, si ça ne plaît pas, tant pis. Si ça plaît à 20 ou 30.000 personnes, tant mieux. Je ne pense pas aux radios ou au live. Je fais le vide, je ne pense à rien. Je ne me mets pas du tout de pression. C’est un projet solo. Je ferai 2 ou 20 albums, je ne sais pas. Ce n’est pas un projet qui a l’ambition d’avoir un style particulier, ou d’être à la mode. J’essaie de faire quelque chose qui soit un peu perdu dans le temps. Sincère.

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Tu as remporté le Prix des pros lors de l’édition 2014 du Prix Adami-Deezer de Talents. Qu’est-ce que ça t’a apporté ?

Les 10 artistes sélectionnés étaient super, il y a des gens que j’aime beaucoup parmi ceux qui n’ont pas gagné. En tout cas, ça m’a fait super plaisir. Je ne m’attendais pas à gagner un prix un jour. Je suis un énorme fan de cinéma, et j’ai eu l’impression de recevoir un Oscar [rires]. D’autant que ça vient des pros, qui sont des gens très pointus, et voient passer plein de projets. C’est cool, ça veut dire qu’il il y a des gens importants qui croient en moi.

Quelle est la suite pour toi, si ton nouvel album ne sort pas tout de suite ?

On continue la tournée à l’automne. La petite différence, c’est qu’on va commencer à jouer les nouvelles chansons. Ce sera un pas vers la suite. Les premières fois où tu joues un morceau sont toujours hyper intenses. Tu n’es pas du tout à l’aise, comparé aux morceaux joués 50 ou 60 fois, où le degré de perfection est cool. Il y a un stress fou, mais ça rend la prestation ultra sincère. Ca va être chouette, j’ai hâte.

(Ré)écoutez Pegase sur Deezer :

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